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La langue d’Hotu Matua, qui arriva à Rapa Nui, selon la légende, avec les
tablettes rongorongo était donc structurée comme une langue asiatique.
Exemple : rima, cinq : la main mais également faire avec la main. Autre
terme pour signaler la main : ma-hanga (1) c'est-à-dire l’utilité de la main, la
fabrication, le travail manuel.
LES MOTS AGGLUTINÉS
ET LA DÉPERDITION SÉMANTIQUE
En observant les dictionnaires publiés, nous pouvons aisément nous rendre
compte que les mots orthographiés de manière moderne et occidentale furent
agglutinés, sans respecter la morphologie de la langue, la racine et donc
l’étymologie. Et ceci se produisit principalement avec les mots anciens,
formant le nucléus des langues polynésiennes. Ces mots anciens sont
identiques dans toute l’Océanie. On les inclut dans le nucléus, le proto
polynésien.
Voyons deux mots anciens du proto-polynésien, 2 signifiants : mahina et
meama dont les nombreux signifiés sont la lune et la Déesse Lune (mais
également le mois, l’unité de temps, le calendrier lunaire, les périodes de
la grossesse, la pâleur, le gris, l’adjectif lunaire, la lunaison etc.).
Mahina,
groupe nominal est composé de 2 mots ma ( lumière) et Hina (Déesse Lune) et
aurait dû rester orthographié ma-hina. En écriture rongorongo je présente
l’hypothèse que ce groupe nominal aurait pu être composé de un ou de deux
éléments comme par exemple :
Meama groupe nominal est également composé de deux mots : mea (élément,
chose) et ma (lumière, lumineux, luminosité) élément-lumineux, lune et
aurait dû rester orthographié mea-ma.
Nous pourrions définir ces exemples comme des groupes nominaux agglutinés
puisque nous les Occidentaux - n’écrivant pas avec des signes comme les
Chinois - nous en avons fait un mot unique. Nous avons ainsi perdu l’essence
même de l’écriture rongorongo, sa racine asiatique, sauf pour les linguistes
Mr Leclea’h et Jacques Guy, l’ethnologue Imbelloni et la philologue Lorena
Bettocchi qui lui reconnaissent cette particularité.
Voici quelques exemples de sagesse dans l’évolution des tracés de l’écriture
ancienne chinoise et dans sa lecture moderne :
L’ARBRE
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Écriture archaïque |
Écriture Zhou |
Forme moderne |
ÉVOLUTION EN SÉMANTIQUE AVEC LE TRACÉ ARBRE
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yao, l’obscurité : le soleil sous les arbres
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song, le pin, l’arbre auquel on a ajouté des signes
(une caractéristique physique)
qui le distinguent des autres essences. |
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zhou, la table fabriquée avec le bois de l’arbre
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C’est un véritable bonheur de constater que le tracé « arbre ou bois » n’a
pas disparu ! Par contre, la parole, les sons, ont disparu , ce qui pourrait
signifier que dans le rongorongo, pourrait également contenir des sons ou
des mots qui ont disparu avec l’évolution de l’écriture, du langage, avec la
modernité ou l’arrivée des Européens.
Revenons à nos langues polynésiennes sans jamais oublier que le marquisien
et l’arero rapanui font partie des langues orientales. Chaque mot de la
langue ancienne tongienne, marquisienne ou rapa-nui peut contenir une racine
mono ou bisyllabique avec une complexité de préfixes et de suffixes collés
qui représentent :
• des noms, des adjectifs, nous l’avons vu précédemment et encore des
prépositions ou des verbes.
Les verbes sont souvent des mots très longs commençant par ha’a ou haka (le
fameux haka maori) ou hanga (fabriquer avec la main, saisir, etc.
Ha’a-tahi : faire-un/unifier, unanime
Haka-ono : faire-écoute / entendre, écouter
Hanga tapa : fabriquer le tissu tapa
Un verbe+un signe anthropomorphe, cela peut constituer un groupe verbal, une
action.


Troisième ligne du bâton de Santiago Item I, les différentes représentations
du groupe verbal
Préfixes ou suffixes, verbes, adjectifs ou prépositions, mouvements

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Ma première constatation met en évidence le fait que les linguistes
occidentaux de la fin du 19ème et du début du 20ème agglutinèrent des mots
ou signifiants, auxquels correspondaient de multiples signifiés et
détruisirent la morphologie, les grandes possibilités en sémantique des
langues maori, appartenant à la famille austronésienne, l’une des ‘langues
mères’ de l´humanité. |
Ces premiers dictionnaires furent élaborés par les missionnaires occidentaux
qui utilisèrent la langue des natifs pour propager la religion et écrire la
bible dans le langage des natifs. Ils contribuèrent ainsi à la sauvegarde
partielle du patrimoine immatériel de l’humanité, les langues originelles.
Cela étant, il appartient aux philologues d’étudier, de comprendre et de
s’adapter. Ces religieux furent également responsables des registres de
l’état civil ´agglutinant´ fréquemment et inscrivirent, par exemple, sur le
registre de baptême l’enfant : Joseph fils de Tearitataika
Au lieu de Joseph fils de Te-ariki-tangata-ika
Ce qui signifie que son père était Homme-chef-de-la-tribu-ika...
... Et qu’un aussi joli nom pouvait s’écrire en graphismes c’est-à-dire en
rongorongo
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Tracés de la tablette Atua Mata riri |
34ème verset
du chant Atua Mara Riri récité par Ure Vae Iko et Kaitae devant
Thomson en 1886
A TIMO TE RAE
Mee amu'a ika te aro
Mo tunu o te IKA
Mo hangai i te Ariki. |
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L’Ariki Ika selon le chant Ure Vae Iko
(2) et de Kaitae
(3) (premier signe à droite)
pourrait être composé de cinq éléments :
1. la pirogue (waka) ou le sceptre (hao) qui signifierait le droit à la
pêche ou le pouvoir,
2. la croix (peka) qui signifie qu’il est le chef d’une lignée (peka,
mata-peka, tumu-peka) de la généalogie,
3. la queue du poisson qui signifie son nom (Ika) ou sa spécificité, sa
capacité, les tabous, le pouvoir
4. sa fonction d’homme-chef (Ariki Tangata)
5. la main qui signifie qu’il est le troisième, NUKU
En simple recherche et pour ce signe, correspondent plus de trente mots en
langue rapanui ancienne, en marquisien et en langue tonga. Le troisième
ariki, c'est-à-dire l’ARIKI NUKU (4) pourrait signifier l’histoire de la petite
tablette de Washingto et de sa récitation qui n’a jamais déserté la mémoire
collective des Rapanui. |
Aujourd´hui les arrières petits-enfants de Joseph Tearitataika , s’ils n’ont
pas étudié la langue des anciens et conservé leur nom ancestral, car ces
noms furent souvent supprimés ou changés, ne connaissent pas vraiment toute
la poésie de leur patronyme.
Par chance, les Îles Marquises ont conservé les noms de familles ancestraux.
Un missionnaire crut utile et légitime de défendre ce ‘droit’ aux noms
ancestraux ce qui est d’ailleurs un droit de l’homme, un attribut de la
personne, le droit à sa culture d’origine et les nota fidèlement sur les
registres de baptême. Les officiers d’état civil français prirent la relève
en respectant les inscriptions précédentes et c’est ainsi qu’aux Îles
Marquises subsistent encore les noms patronymiques ancestraux, très longs et
très imagés. Rendons hommage à ce missionnaire qui nous laissa par ailleurs
un dictionnaire très complet : il s’agit de Monseigneur Dordillon suivi par
un autre missionnaire qui devint évêque des Îles Marquises : Monseigneur
Leclea’h, éminent linguiste, membre fondateur des Académies Tahitienne et
Marquisienne.
Les mots anciens formant le polynésien nucléaire (nucléus de la langue)
restèrent d’autant plus intacts que la civilisation moderne fut tardive. A
présent, le dictionnaire d’Hawaiien est infesté de mots dérivant de
l’anglais et, ce qui est moins grâve, de mots dérivant de la langue
japonaise....alors que la langue des Îles Rarotonga comporte énormement de
mots du proto-polynesien ou proto-tonga. La langue des Marquises est très
proche de l’arero rapanui ainsi que de l’arero mangarévien. Il y a donc
autant des liens linguistiques entre ces îles que de découvertes
archéologiques. Et ces découvertes se rejoignent parfois...
A LA RENCONTRE DU RONGORONGO

Tracés de la tablette ATUA MATA ARIRI
D’un point de vue scientifique, nous savons du rongorongo qu’il n’existe
qu’à Rapa Nui et qu’il peut être structuré de la même manière que les
graphismes des écritures archaïques orientales. Nous ne savons pas où et à
quelle époque se situe l’éclosion de cette philosophie sémantique et de cet
art qu’est l’écriture, lien puissant entre les différents groupes ethniques
et mémoire de l´humanité. La connaissance suprême s’est-elle perdue lors des
violations des droits de l’homme et de la traite des Maoris dans toute la
Polynésie en 1862, ou bien avant, lors des luttes tribales qui ont ravagé
Rapa Nui ?
Pour l’heure, nous nous contentons de dater le bois des tablettes, de
recueillir et d’analyser les premiers témoignages et les premiers essais en
sémantique des Rapa Nui auxquels il restait des connaissances en la matière.
Une petite flamme, mais elle existait.
En matière de recherche nous sommes peu nombreux, six apprentis… et dans ce
sens nous nous devons de rester très modestes. Nous ne pouvons non plus
affirmer qu’il est simple et possible d’interpréter le rongorongo
symboliquement, en transposant le symbole dans notre mental. Certes, le
rongorongo enferme dans ses graphismes, des symboles propres à la culture
polynésienne ancestrale. Mais il s’agit bien d’une écriture structurée en
sémantique et je m’efforcerai d’opter pour cette unique voie pour une
recherche nécessaire en linguistique et en tradition orale.
A ce titre et s’agissant des interprétations de leur tradition orale les
Pascuans affirment que ‘les occidentaux’, en traduisant leur chants et
légendes en espagnol, altèrent le sens profond de leur langue ancienne et de
leur poésie. Cela s’avère plutôt exact avec les traductions erronées de
Monseigneur Tepano Jaussen (5) (répertoire des signes rongorongo) ou
fantaisistes de Salmon (6) (les chants de Ure Va’e Iko) et parfois maladroites,
sans aucune rime (tradition orale, publications au Chili à partir de 1938).
Nous devons en effet travailler avec prudence et sincère fraternité en
recherchant la vraie poésie de leur expression. Par la suite le symbolisme
apparaît naturellement dans leurs chants, poèmes et dans leur communication
philosophique puisque le symbolisme est à la fois outils et philosophie dans
toutes les cultures, la culture rapa nui n’en a point manqué.
En conclusion, la langue polynésienne en tant que langue orientale, très
sémantique et très imagée, aussi bien dans les chants de la tradition orale,
dans les noms patronymiques ou les toponymes, nous mets sur la bonne voie
lorsqu’on recherche la comprehension des graphismes du rongorongo.
La tresse publiée par le site web de l’Académie Tahitienne (Fare Vanaá) sur
http://www.farevanaa.pf/arbre.php représente aussi bien les cordes utilisées autrefois par
les Marquisiens pour conter leurs généalogies que les ramifications de leur
langue-mère le proto-polynésien que l’on retrouve pratiquement pur dans le
proto tongien probablement la langue d’origine des quinze Ariki Tonga qui
ornent le grand ahu de Rapanui, le Tongariki.
Lorena Bettocchi © 2007
(1) - Francisco Mellen Blanco 1986, Editiones Cehopu,
Madrid : 1ère étude lexicale de la langue maori ancienne de la Isla de San
Carlos (Easter Island) par Aguerra Infanzon, documents espagnols de
l’expédition de Gonzalez de Haedo.
(2) - SÉMANTIQUE : vers 34 - Ce signe représente le premier expert (TIMO,
expert, prêtre - rae : premier) avec une chose (MEE) qui le précède (AMU'A)
: un poisson (IKA) à ses côtés (ARO) ; le rôle de ce Timo : cuire (TUNU) de
la nourriture destinée à l'Ariki IKA (tribu IKA, ou droit de pêche) (pour le
nourrir : HANGAI). VOIR CHAPITRE LES CHANTS DE URE VAE IKO
(3) - Il est signalé dans le rapport de Thomson que Kaitae né en 1806 chanta
exactement de la même manière que Ure Vae Iko, né en 1803.
(4) - Le mot NUKU revient très souvent dans toutes les récitations de METORO
TAUA URE devant MGR TEPANO JAUSSEN
(5) - BETTOCCHI Lorena.2006 Tahiti Pacifique Magazine n° 185 LES DERNIERS
MAORI RONGORONGO CORRIGENT LE RÉPERTOIRE DE MONSEIGNEUR TEPANO JAUSSEN
(6) - THOMSON, WILLIAM. 1891. TE PITO O TE HENUA OR EASTER ISLAND – Anual
report of the Smithsonian Institution
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