LA FAMILLE AUSTRONÉSIENNE
 


Alors que notre langue est indo-européenne, la langue des Ariki Tonga, la langue marquisienne et la langue rapanui ancienne sont reliées à la grande famille austro-tai qui se subdivise en deux parties : la famille tai-kadai et la famille austronésienne
Écriture rongorongo de Rapa Nui


Polynésien

Fidjien


Mélanésien - Micronésien

Halmahera / Nouvelle-Guinée Orientale


Malayo-Polynésien du Centre

Malayo-Polynésien de l'Ouest
(y compris les langues de Madagascar, du Viêt-Nam du sud, des Philippines, de Malaisie et de l'Indonésie Orientale

Taiwan



                                                                                           Pacifique du Centre



                                                                                         Océanique
        Famille tai-kadai

                                           Malayo-Polynésien de l'Est

 Austro-Tai                    Malayo-Polynésien
                                    


                      Austronésien
        La grande famille austronésienne



La langue d’Hotu Matua, qui arriva à Rapa Nui, selon la légende, avec les tablettes rongorongo était donc structurée comme une langue asiatique. Exemple : rima, cinq : la main mais également faire avec la main. Autre terme pour signaler la main : ma-hanga (1) c'est-à-dire l’utilité de la main, la fabrication, le travail manuel.


LES MOTS AGGLUTINÉS

ET LA DÉPERDITION SÉMANTIQUE


En observant les dictionnaires publiés, nous pouvons aisément nous rendre compte que les mots orthographiés de manière moderne et occidentale furent agglutinés, sans respecter la morphologie de la langue, la racine et donc l’étymologie. Et ceci se produisit principalement avec les mots anciens, formant le nucléus des langues polynésiennes. Ces mots anciens sont identiques dans toute l’Océanie. On les inclut dans le nucléus, le proto polynésien.
Voyons deux mots anciens du proto-polynésien, 2 signifiants : mahina et meama dont les nombreux signifiés sont la lune et la Déesse Lune (mais également le mois, l’unité de temps, le calendrier lunaire, les périodes de la grossesse, la pâleur, le gris, l’adjectif lunaire, la lunaison etc.).

Mahina, groupe nominal est composé de 2 mots ma ( lumière) et Hina (Déesse Lune) et aurait dû rester orthographié ma-hina. En écriture rongorongo je présente l’hypothèse que ce groupe nominal aurait pu être composé de un ou de deux éléments comme par exemple :

Meama groupe nominal est également composé de deux mots : mea (élément, chose) et ma (lumière, lumineux, luminosité) élément-lumineux, lune et aurait dû rester orthographié mea-ma.

Nous pourrions définir ces exemples comme des groupes nominaux agglutinés puisque nous les Occidentaux - n’écrivant pas avec des signes comme les Chinois - nous en avons fait un mot unique. Nous avons ainsi perdu l’essence même de l’écriture rongorongo, sa racine asiatique, sauf pour les linguistes Mr Leclea’h et Jacques Guy, l’ethnologue Imbelloni et la philologue Lorena Bettocchi qui lui reconnaissent cette particularité.


Voici quelques exemples de sagesse dans l’évolution des tracés de l’écriture ancienne chinoise et dans sa lecture moderne :


L’ARBRE
 

Écriture archaïque

Écriture Zhou

Forme moderne 


ÉVOLUTION EN SÉMANTIQUE AVEC LE TRACÉ ARBRE

 

yao, l’obscurité : le soleil sous les arbres
 

song, le pin, l’arbre auquel on a ajouté des signes (une caractéristique physique) qui le distinguent des autres essences.

zhou, la table fabriquée avec le bois de l’arbre


C’est un véritable bonheur de constater que le tracé « arbre ou bois » n’a pas disparu ! Par contre, la parole, les sons, ont disparu , ce qui pourrait signifier que dans le rongorongo, pourrait également contenir des sons ou des mots qui ont disparu avec l’évolution de l’écriture, du langage, avec la modernité ou l’arrivée des Européens.
Revenons à nos langues polynésiennes sans jamais oublier que le marquisien et l’arero rapanui font partie des langues orientales. Chaque mot de la langue ancienne tongienne, marquisienne ou rapa-nui peut contenir une racine mono ou bisyllabique avec une complexité de préfixes et de suffixes collés qui représentent :
• des noms, des adjectifs, nous l’avons vu précédemment et encore des prépositions ou des verbes.
Les verbes sont souvent des mots très longs commençant par ha’a ou haka (le fameux haka maori) ou hanga (fabriquer avec la main, saisir, etc.


Ha’a-tahi : faire-un/unifier, unanime
Haka-ono : faire-écoute / entendre, écouter
Hanga tapa : fabriquer le tissu tapa
Un verbe+un signe anthropomorphe, cela peut constituer un groupe verbal, une action.



Troisième ligne du bâton de Santiago Item I, les différentes représentations du groupe verbal
Préfixes ou suffixes, verbes, adjectifs ou prépositions, mouvements


 

Ma première constatation met en évidence le fait que les linguistes occidentaux de la fin du 19ème et du début du 20ème agglutinèrent des mots ou signifiants, auxquels correspondaient de multiples signifiés et détruisirent la morphologie, les grandes possibilités en sémantique des langues maori, appartenant à la famille austronésienne, l’une des ‘langues mères’ de l´humanité. 

 


Ces premiers dictionnaires furent élaborés par les missionnaires occidentaux qui utilisèrent la langue des natifs pour propager la religion et écrire la bible dans le langage des natifs. Ils contribuèrent ainsi à la sauvegarde partielle du patrimoine immatériel de l’humanité, les langues originelles. Cela étant, il appartient aux philologues d’étudier, de comprendre et de s’adapter. Ces religieux furent également responsables des registres de l’état civil ´agglutinant´ fréquemment et inscrivirent, par exemple, sur le registre de baptême l’enfant :

Joseph fils de Tearitataika
Au lieu de Joseph fils de Te-ariki-tangata-ika
Ce qui signifie que son père était Homme-chef-de-la-tribu-ika...
... Et qu’un aussi joli nom pouvait s’écrire en graphismes c’est-à-dire en rongorongo
 


Tracés de la tablette Atua Mata riri

34ème verset du chant Atua Mara Riri récité par Ure Vae Iko et Kaitae devant Thomson en 1886
A TIMO TE RAE
Mee amu'a ika te aro
Mo tunu o te IKA
Mo hangai i te Ariki.

L’Ariki Ika selon le chant Ure Vae Iko (2) et de Kaitae (3) (premier signe à droite) pourrait être composé de cinq éléments :
1. la pirogue (waka) ou le sceptre (hao) qui signifierait le droit à la pêche ou le pouvoir,
2. la croix (peka) qui signifie qu’il est le chef d’une lignée (peka, mata-peka, tumu-peka) de la généalogie,
3. la queue du poisson qui signifie son nom (Ika) ou sa spécificité, sa capacité, les tabous, le pouvoir
4. sa fonction d’homme-chef (Ariki Tangata)
5. la main qui signifie qu’il est le troisième, NUKU

En simple recherche et pour ce signe, correspondent plus de trente mots en langue rapanui ancienne, en marquisien et en langue tonga. Le troisième ariki, c'est-à-dire l’ARIKI NUKU (4) pourrait signifier l’histoire de la petite tablette de Washingto et de sa récitation qui n’a jamais déserté la mémoire collective des Rapanui.


Aujourd´hui les arrières petits-enfants de Joseph Tearitataika , s’ils n’ont pas étudié la langue des anciens et conservé leur nom ancestral, car ces noms furent souvent supprimés ou changés, ne connaissent pas vraiment toute la poésie de leur patronyme.
Par chance, les Îles Marquises ont conservé les noms de familles ancestraux. Un missionnaire crut utile et légitime de défendre ce ‘droit’ aux noms ancestraux ce qui est d’ailleurs un droit de l’homme, un attribut de la personne, le droit à sa culture d’origine et les nota fidèlement sur les registres de baptême. Les officiers d’état civil français prirent la relève en respectant les inscriptions précédentes et c’est ainsi qu’aux Îles Marquises subsistent encore les noms patronymiques ancestraux, très longs et très imagés. Rendons hommage à ce missionnaire qui nous laissa par ailleurs un dictionnaire très complet : il s’agit de Monseigneur Dordillon suivi par un autre missionnaire qui devint évêque des Îles Marquises : Monseigneur Leclea’h, éminent linguiste, membre fondateur des Académies Tahitienne et Marquisienne.

Les mots anciens formant le polynésien nucléaire (nucléus de la langue) restèrent d’autant plus intacts que la civilisation moderne fut tardive. A présent, le dictionnaire d’Hawaiien est infesté de mots dérivant de l’anglais et, ce qui est moins grâve, de mots dérivant de la langue japonaise....alors que la langue des Îles Rarotonga comporte énormement de mots du proto-polynesien ou proto-tonga. La langue des Marquises est très proche de l’arero rapanui ainsi que de l’arero mangarévien. Il y a donc autant des liens linguistiques entre ces îles que de découvertes archéologiques. Et ces découvertes se rejoignent parfois...


A LA RENCONTRE DU RONGORONGO


 Tracés de la tablette ATUA MATA ARIRI


D’un point de vue scientifique, nous savons du rongorongo qu’il n’existe qu’à Rapa Nui et qu’il peut être structuré de la même manière que les graphismes des écritures archaïques orientales. Nous ne savons pas où et à quelle époque se situe l’éclosion de cette philosophie sémantique et de cet art qu’est l’écriture, lien puissant entre les différents groupes ethniques et mémoire de l´humanité. La connaissance suprême s’est-elle perdue lors des violations des droits de l’homme et de la traite des Maoris dans toute la Polynésie en 1862, ou bien avant, lors des luttes tribales qui ont ravagé Rapa Nui ?

Pour l’heure, nous nous contentons de dater le bois des tablettes, de recueillir et d’analyser les premiers témoignages et les premiers essais en sémantique des Rapa Nui auxquels il restait des connaissances en la matière. Une petite flamme, mais elle existait.
En matière de recherche nous sommes peu nombreux, six apprentis… et dans ce sens nous nous devons de rester très modestes. Nous ne pouvons non plus affirmer qu’il est simple et possible d’interpréter le rongorongo symboliquement, en transposant le symbole dans notre mental. Certes, le rongorongo enferme dans ses graphismes, des symboles propres à la culture polynésienne ancestrale. Mais il s’agit bien d’une écriture structurée en sémantique et je m’efforcerai d’opter pour cette unique voie pour une recherche nécessaire en linguistique et en tradition orale.
A ce titre et s’agissant des interprétations de leur tradition orale les Pascuans affirment que ‘les occidentaux’, en traduisant leur chants et légendes en espagnol, altèrent le sens profond de leur langue ancienne et de leur poésie. Cela s’avère plutôt exact avec les traductions erronées de Monseigneur Tepano Jaussen (5) (répertoire des signes rongorongo) ou fantaisistes de Salmon (6) (les chants de Ure Va’e Iko) et parfois maladroites, sans aucune rime (tradition orale, publications au Chili à partir de 1938).

Nous devons en effet travailler avec prudence et sincère fraternité en recherchant la vraie poésie de leur expression. Par la suite le symbolisme apparaît naturellement dans leurs chants, poèmes et dans leur communication philosophique puisque le symbolisme est à la fois outils et philosophie dans toutes les cultures, la culture rapa nui n’en a point manqué.

En conclusion, la langue polynésienne en tant que langue orientale, très sémantique et très imagée, aussi bien dans les chants de la tradition orale, dans les noms patronymiques ou les toponymes, nous mets sur la bonne voie lorsqu’on recherche la comprehension des graphismes du rongorongo.

La tresse publiée par le site web de l’Académie Tahitienne (Fare Vanaá) sur  http://www.farevanaa.pf/arbre.php  représente aussi bien les cordes utilisées autrefois par les Marquisiens pour conter leurs généalogies que les ramifications de leur langue-mère le proto-polynésien que l’on retrouve pratiquement pur dans le proto tongien probablement la langue d’origine des quinze Ariki Tonga qui ornent le grand ahu de Rapanui, le Tongariki.

Lorena Bettocchi © 2007

(1) - Francisco Mellen Blanco 1986, Editiones Cehopu, Madrid : 1ère étude lexicale de la langue maori ancienne de la Isla de San Carlos (Easter Island) par Aguerra Infanzon, documents espagnols de l’expédition de Gonzalez de Haedo.
(2) - SÉMANTIQUE : vers 34 - Ce signe représente le premier expert (TIMO, expert, prêtre - rae : premier) avec une chose (MEE) qui le précède (AMU'A) : un poisson (IKA) à ses côtés (ARO) ; le rôle de ce Timo : cuire (TUNU) de la nourriture destinée à l'Ariki IKA (tribu IKA, ou droit de pêche) (pour le nourrir : HANGAI). VOIR CHAPITRE LES CHANTS DE URE VAE IKO
(3) - Il est signalé dans le rapport de Thomson que Kaitae né en 1806 chanta exactement de la même manière que Ure Vae Iko, né en 1803.
(4) - Le mot NUKU revient très souvent dans toutes les récitations de METORO TAUA URE devant MGR TEPANO JAUSSEN
(5) - BETTOCCHI Lorena.2006 Tahiti Pacifique Magazine n° 185 LES DERNIERS MAORI RONGORONGO CORRIGENT LE RÉPERTOIRE DE MONSEIGNEUR TEPANO JAUSSEN
(6) - THOMSON, WILLIAM. 1891. TE PITO O TE HENUA OR EASTER ISLAND – Anual report of the Smithsonian Institution

 

Par Lorena Bettocchi

Rongorongo de Rapa Nui

Les chants récités par Ure Vae Iko
Los origenes de la antigua escritura de la Isla de Pascua
Datos historicos sobre la antigua escritura de la Isla de Pascua
Diaporama provisoria rongorongo
Bibliografía basíca para investigar sobre el rongorongo
Contexte historique et découverte d'une prot-écriture à l'Île de Pâques

Isla-de-Pascua




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